Reportage/ numéro 70/
Réussir sa vie, vivre ses rêves

Réussir sa vie, ou réussir dans sa vie, est certainement ce que nous souhaitons tous…Vaste sujet qui commence par les rêves que nous avons tous lorsque nous sommes petits. Maxence Hernu*, professeur et aujourd’hui responsable de la politique du rectorat de Rouen sur l’égalité des chances et l’accueil des personnes migrantes, s’est déplacé pour répondre aux questions d’une classe de troisième du collège Jean Moulin du Havre, pour une agréable invitation à réaliser ses rêves…

Globules : qu’est-ce ce qu’une personne qui réussit sa vie ?

Maxence Hernu : je répondrai d’abord sur la réussite en tant que personne ou en tant que responsable du rectorat et ce que fait cette Institution pour que les jeunes réussissent. Pour moi, quelqu’un qui réussit est quelqu’un qui arrive à vivre dans la réalité son rêve d’enfant (même si cela lui paraît un peu fou), quelqu’un qui va mettre en œuvre ce rêve… Petit, je voulais devenir directeur de maison des jeunes et ce que je fais ressemble un peu à cela. Pour l’Education Nationale, un jeune qui réussit c’est un jeune auquel on aura donné suffisamment d’autonomie pour ne pas être « esclave » d’une programmation quelle qu’elle soit. Quelqu’un qui, à partir de la connaissance reçue, pourra « faire le tri » et gardera ce qui lui sera utile, en fonction de ses valeurs.

Globules : la « connaissance » et l’intelligence servent-elles pour réussir sa vie ?
Maxence Hernu : l’intelligence : je pense que tout le monde en a. La connaissance, est à la portée de tous et on peut l’acquérir. Ce qui sera déterminant pour réussir est la motivation et le projet que l’on a.

Globules : est-ce que pour vous réussir sa vie c’est faire des études ?

Maxence Hernu : oui et je crois que c’est même indispensable, aujourd’hui, pour tous les métiers. Même si on choisit un métier manuel, il est nécessaire de faire des études (de gestion par exemple, si on est artisan). Après, votre niveau d’exigence dépendra de vous : le chemin paraît toujours plus ou moins fatigant selon que l’on est motivé ou non.Globules : est-il important d’avoir un bon métier ? Cela suffit-il ?
Maxence Hernu : il faut se mettre d’accord ensemble sur l’adjectif « bon ». Le « bon » métier n’est-il pas celui qui nous correspond vraiment ? Car, même si on a une responsabilité vis à vis de nos parents, cela ne suffit pas forcément pour choisir son métier. D’autres choses entrent en jeu comme la vie familiale et l’ouverture au monde (ex : la vie associative)…

Globules : est-ce faire le métier que l’on aime ?
Maxence Hernu : on peut aimer beaucoup son métier et avoir du plaisir à le partager avec les autres.

Globules : est–ce important de faire un métier que l’on aime et comment peut-on savoir quel métier on aime ?

Maxence Hernu : c’est très important d’aimer ce que l’on fait et on n’a pas besoin d’être une star pour prendre du plaisir dans son métier. Avoir un métier que l’on aime c’est avoir un métier où l’on se sent « en adéquation » avec les idéaux et les valeurs que l’on a.
Globules : est-il important de faire un métier qui ne « fatigue » pas ?
Maxence Hernu : lorsque je fais quelque chose qui me plaît, je peux travailler des heures et cela ne me fatigue pas. Au contraire, si je fais quelque chose que je n’aime pas ou que l’on me dit « fais ceci, fais cela ! », ça me fatigue tout de suite !

Globules : est ce que pour réussir, il faut gagner sa vie et avoir un bon salaire ?
Maxence Hernu :
bien sûr il faut gagner sa vie, c’est important. Chacun doit pouvoir faire vivre dignement ses enfants et sa famille. Mais a t-on besoin d’avoir des sommes folles ? Il existe, dans notre société, des personnes qui gagnent 100.000 fois plus que la moyenne des gens et alors, même si vos parents font la part des choses, cela peut choquer.

Globules : est-ce qu’avoir une compagne pour fonder une famille permet de réussir sa vie ?
Maxence Hernu : je pense que oui. On a tous besoin d’être rassuré. Vivre en couple permet d’échanger sur ses valeurs, et c’est essentiel pour un homme ou pour une femme.

Globules : est-ce important une « bonne » ou une grande famille pour réussir sa vie ?
Maxence Hernu : j’ai du mal à imaginer la vie sans enfants… Ils nous confrontent à la vie telle qu’elle est.

Globules : la famille compte-t-elle plus, pour vous, que le métier ?
Maxence Hernu : l’un ne va pas sans l’autre. Les enfants s’inspirent de ce que font leurs parents pour leur propre travail. J’ai la chance d’être fonctionnaire et de ne pas connaître le chômage. Je comprends ce que cela doit être pour un père qui perd son emploi et pour sa famille.

Globules : est-ce qu’avoir des ami(e)s peut aider à réussir ?
Maxence Hernu : cela va dans les deux sens : il est utile d’avoir des connaissances pour réussir et avoir des amis permet de partager, avec eux, des choses essentielles. Faire un travail qui nous intéresse beaucoup fait que l’on se fait beaucoup d’amis.

Globules : avoir une famille et des amis permet-il de rendre le métier plus « heureux » ?
Maxence Hernu : et inversement : un métier qui nous rend heureux permet d’être plus heureux (épanoui), plus serein en famille et avec ses amis. Parce que le choix d’un métier, c’est personnel, c’est une démarche que l’on fait de soi à soi.

Globules : vouloir habiter dans un quartier tranquille, avoir une grande maison… cela peut-il être un signe de réussite ?
Maxence Hernu : on a tous besoin d’un minimum de tranquillité. Si on ne l’a pas, il y a une atteinte à la liberté. Et on peut vivre tranquille, sans pour autant être riche.

Globules : être heureux et vivre le bonheur : est ce cela « réussir sa vie » ?
Maxence Hernu : à partir du moment où on est sur terre, on pense au bonheur. Est-ce un mythe, une croyance ? Pour qu’il y ait du bonheur, il doit y avoir du désir, pour quelque chose ou pour quelqu’un. Ensuite, il faut s’y tenir, malgré les pressions et les difficultés que nous vivons tous.
Globules : une vie d’artiste est-elle synonyme d’une « vie réussie » ?
Maxence Hernu : il y a les artistes qui sont des « créateurs » et nous amènent, par leur œuvre, leur regard un peu décalé sur la réalité… C’est indispensable à mon avis. Si vous appelez « artistes » les personnes du show-biz, je ne suis pas très admiratif par (pour) ceux qui ne sont pas des créateurs mais des hommes d’affaires…

Globules : réussir sa vie, est-ce avoir de bons projets ?
Maxence Hernu : oui, cela va dans le sens de ce que je vous dis. Réussir sa vie, c’est avoir un projet et tenter de le réaliser. Et « bon » signifie alors « en adéquation, en accord »: « qui correspond à votre rêve, à votre idéal et à vos valeurs.

Globules :  réussir sa vie, est ce aller plutôt vers ce qui est facile ou vers ce qui est difficile ?
Maxence Hernu : facile et difficile : c’est relatif selon votre passion. Vous êtes passionné de « foot de rue » et vous allez jouer facilement pendant des heures.

Globules : pensez-vous avoir réussi votre vie et que feriez-vous pour réussir ?
Maxence Hernu : j’aurai pu faire complètement différemment. La vie est faite de nombreux hasards auxquels on s’adapte. On n’est pas maître des hasards… Mais les indicateurs de réussite sont la réalisation de mes rêves : je rêvais d’être animateur de quartier et je suis un des animateurs de cette académie !

Globules : qu’est-ce qu’un « bel avenir » ?

Maxence Hernu : c’est le vôtre, vous qui êtes autour de cette table. Vous qui reprendrez les valeurs que l’on vous fait passer comme un ballon de rugby…Globules : est-ce que réussir sa vie, c’est être libre ?

Maxence Hernu : complètement d’accord avec vous. Être libre, oui, parce qu’on fait d’abord une rupture avec ce que l’on a appris. Ensuite, on fait le tri, pour choisir ce que l’on va garder. Il y a de très bonnes choses que nos parents nous transmettent et il y a ce que l’on veut faire et qui n’est pas exactement ce que l’on va faire pour faire plaisir à papa ou maman.

Globules : réussir sa vie, pour moi c’est VIVRE… Qu’en pensez-vous ?
Maxence Hernu : VIVRE… Cela recoupe ce qu’on a dit sur l’artiste et sur la liberté. Le Vivant, c’est donner la vie, comme on donne la vie à ses enfants, et à bien d’autres. Quand un professeur vous donne ou vous communique quelque chose que vous n’aviez pas avant, c’est aussi cela. Le « Vivant », c’est la pensée, c’est tout ce qui nous éloigne de ce qui n’est pas vivant : un monsieur barbu appelé Freud a beaucoup écrit sur la pulsion de mort et a annoncé le nazisme avec la haine et la violence. Le Vivant c’est combattre cette haine, combattre le racisme autant qu’on le peut. Il faut cultiver la vie… la pensée autonome.

Propos recueillis par Alicia Gemard, Aliou Keita, Rachid Roubehi, Anaïs Calentier, Aurélie Salaun, Nina Colinet, Rachel Periot, Sylla Dalouba, Smaïn Derraz, Christopher Le Cointe, Mathieu Cassé, Antoine Metifeu, Xavier Combert, Gourou Guaye, Justine Règue, Justine Dalençon, Kimberley Crevell - 3°5 collège Jean Moulin Le Havre – merci à Mme Sibout, enseignante de français –
* Maxence Hernu est Inspecteur d’académie au rectorat de Rouen-Délégué académique pour l’égalité des chances. En charge des dossiers de l’accueil des migrants, de la cohésion sociale et de la réussite des élèves des quartiers défavorisés.