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AU
CHU de Rouen :
UNE DOULEUR EST TOUJOURS REELLE
La douleur est physique, la douleur est psychologique et elle nous concerne
tous. Quand elle devient insupportable, le Centre Anti-Douleur de lhôpital
nous ouvre ses portes. Globules a rencontré le Docteur G Ducâble
qui nous éclaire sur la douleur et sur le centre anti-douleur,
un lieu pour faire le point avec une équipe qui a, pour première
règle, lécoute
Globules : quest-ce que la douleur ?
Dr Du Câble : la douleur est une perturbation des sensations.
Cest une sensation désagréable exprimée par
le corps. Cest une altération réelle ou potentielle
qui induit des comportement anormaux, et des désordres sociaux.
La douleur a des aspects physiques, psychologiques ou sociaux. Mais
la douleur a toujours un degré physique.
Globules : doù vient la douleur
?
Dr Du Câble : la douleur peut venir dune lésion ou
dun simple dysfonctionnement. Quand on se cogne le coude, par
exemple, on ressent une douleur intense sans que lon ait rien
de cassé.
Globules : le centre anti-douleur, cest quoi ?
Dr Du Câble : le centre anti-douleur du Centre Hospitalier Universitaire
a été créé en 1990, pour répondre
à un besoin. Jusque-là, la prise en charge de la douleur
nétait pas satisfaisante. Avant, on pensait que la douleur
était inhérente à la maladie. Il est important
de chercher les caractéristiques de la douleur. Aujourdhui,
on sait que chacun réagit de manière différente
selon sa personnalité, sa culture, son éducation et sa
réaction au traitement. On considère que la douleur nest
pas un fait imaginaire. Dans le cas de certaines lombalgies, qui ont
été opérées, et qui sont très douloureuses,
on aide les patients à mieux gérer la douleur, au lieu
de leur proposer de prendre des médicaments plus forts. Il y
a des patients douloureux qui échappent aux traitements habituels
et que nous allons orienter vers dautres prises en charge.
Globules
: quels sont les différents intervenants et en quoi consiste
leur travail ?
Dr Du Câble : léquipe du centre anti douleur est
constituée de médecins anesthésistes, de psychiatres,
de psychologues et de rhumatologues. Nous devons analyser et adapter
les traitements. Nous cherchons aussi à voir les aspects sociaux
de la douleur et, lorsque cest possible, à adapter le travail.
Notre but est daider les personnes à « gérer
» ce qui sattache à la douleur. Les prises en charge
sont lécoute, les prises en charge psychothérapeutiques
et médicamenteuses, lhypnose et pour nous il sagit
de bien adapter les soins et les médicaments à la personne,
à ce quelle vit.
Globules : qui peut bénéficier de vos soins ?
Dr Du Câble : les patients viennent ici sur lindication
des médecins traitants et toujours après un bilan. On
ne pourrait pas accueillir tout le monde ! On accueille les personnes
pour lesquelles les traitements classiques ne marchent pas.
Globules
: comment sait-on où se situe la douleur dans le corps ?
Dr Du Câble : une douleur indique toujours que quelque chose ne
va pas. Les personnes sont plus ou moins sensibles à la douleur.
Cela montre quun organe est fragile, quil ne fonctionne
pas ou quil na pas fonctionné à un moment.
Globules
: comment soignez-vous la douleur ?
Dr Du Câble : dabord, on écoute les gens. On se demande
ce quils viennent chercher et ce quil y a derrière
la douleur, ce quelle cela signifie. Cest une alerte. Ensuite,
on cherche la cause et puis on traite.
Globules : les douleurs se traitent-elles toutes de la même manière
?
Dr Du Câble : non. Les douleurs sont toutes différentes
et on les traitera différemment. On naura pas la même
écoute pour une douleur selon la présentation de la douleur
et selon les incidences quelle va produire sur le patient. Certains
médicaments vont endormir la personne. Le patient doit avoir
le choix de ne pas être sous médicaments. On écoute
toujours ce que la personne veut et ce quon peut lui proposer.
Il faut faire attention parce que, ne plus rien ressentir dans son corps
peut être très angoissant pour le patient.
Globules : certains traitements présentent-ils des risques ?
Dr Du Câble : bien sûr, on surveille les effets des médicaments.
Les produits morphiniques risquent dinduire des prises anormales
prolongées. Nous proposons aussi des prises en charge psychologiques
adaptées à chacun.
Globules : existe-t-il des risques de se réveiller au cours dune
anesthésie ?
Dr Du Câble : normalement, non. On ne doit pas se réveiller
sous anesthésie. Le médicament anesthésique agit
à la fois sur le sommeil et sur la douleur.
Globules : quelles sont les différences entre douleur physique
et douleur psychologique ?
Dr Du Câble : la douleur nest ni purement physique ni simplement
psychologique, cest toujours les deux. Lune agit sur lautre.
Vous avez déjà vu un enfant qui se cogne et à qui
la mère vient faire une caresse sur la joue ? Lenfant sarrête
de pleurer
Les deux sont vraiment liés. La douleur est
toujours réelle. Même si, dans la réalité,
lune peut être plus importante que lautre.
Globules : une douleur physique non soignée peut-elle entraîner
une douleur psychologique ?
Dr Du Câble : toutes les douleurs ont un aspect psychologique.
Il peut y avoir une réminiscence de la douleur. Le système
nerveux a une mémoire. Une douleur mal soignée peut prendre
des proportions importantes, même si les lésions nexistent
plus.
Globules
: quand on a mal, on pense que cela ne sarrêtera jamais,
pourquoi ?
Dr Du Câble : quand on a mal, on attend la fin de la douleur pour
revivre. Le corps se demande quand cela va sarrêter. Certaines
personnes qui ont de graves maux de tête ont mal à lidée
davoir mal. Ils anticipent et cela renforce la douleur.
Globules
: si on ne se soigne pas assez vite, la douleur peut-elle saggraver
?
Dr Du Câble : la douleur saccumule et peut saggraver
avec le temps. En attendant trop, on crée des comportements de
plus en plus douloureux. Il sagit de trouver le bon traitement.
Globules : une douleur psychologique peut-elle sexprimer physiquement
?
Est-ce par ce quon a mal intérieurement quon sinflige
un mal physiquement ?
Dr Du Câble : cest sûr. Il y a des gens qui se font
beaucoup de misères
Certaines personnes se créent
des douleurs quils vont ensuite surmonter. Et, ils en sortent
psychologiquement renforcés. La douleur, cest aussi une
ambiguïté. Aussi parce que le fait de ne pas sentir peut
faire souffrir. Pour lêtre humain, ne plus sentir nest
pas normal.
Globules : la chimiothérapie sert-elle à apaiser les douleurs
?
Dr Du Câble : bien sûr, soigner soulage. Le premier traitement,
cest de soigner la cause de la maladie. La chimiothérapie
aura un effet même si ce nest pas tout de suite. Avant,
les traitements étaient douloureux mais, cest différent.
Et il ny a pas que les médicaments, il y a aussi lécoute,
les radiothérapies, les traitements psychologiques
Globules : les garçons sont-ils plus durs à la douleur
que les filles ?
Dr Du Câble : il y a eu beaucoup détudes sur le sujet
qui montrent que non. La sensibilité à la douleur dépend
de la personne
Globules : la douleur est-elle nécessaire ?
Dr Du Câble : dans la vie, il ny a pas que le bonheur. On
est bien par contraste au « pas bien ». La vie nest
pas un trait. Il faut de la douleur, mais il nen faut pas trop.
Sil ny a pas de douleur du tout, on se demande si on existe
encore. Il faut aussi que le soin ne soit pas douloureux. On voudrait
écouter et soulager les gens le mieux possible. Ce nest
déjà pas mal.
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Propos recueillis
par Timothée Touze, Steeve Demart, Alexandre renard, Christelle
Bignet, Audrey His - centre du Buquet dElbeuf Elise et Amandine
Weber, lycéennes Roue
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