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>dossiers :

1- Une certaine idée de la SOLIDARITÉ
2- La violence génère de la souffrance et reflète une souffrance

 

 

Une certaine idée de la SOLIDARITÉ


Rencontre avec Mme David, présidente et bénévole de l'association CBS. Une devise : être disponible… et l'échange réciproque

1. Globules : qu’est ce que le Collectif Bernayen de la Solidarité ?
Madame David : le Collectif Bernayen de la Solidarité (ou CBS), ce sont plusieurs associations qui ont décidé de se regrouper depuis 6 ans, pour répondre aux besoins des personnes et des familles en grande précarité.

2. Globules : c’est quoi pour vous la solidarité ?
Madame David : la solidarité, c’est se mettre au service des personnes en difficulté. La solidarité, c'est que chaque personne mette à disposition ses compétences et apporte ce qu’il peut apporter à l’autre. Chacun a des possibilités, a des moyens . On peut tous avoir des besoins, nous avons tous des moyens. Et puis le CBS apporte un soutien moral par sa disponibilité, parce que quelqu’un qui ne va pas bien a besoin d'une oreille attentive.

3. Globules : quelles sont les actions que mène votre association ?
Madame David : le CBS a cinq secteurs d’activités :
1. l’hébergement des personnes sans abri,
2. l’accueil à la maison de la solidarité qui est un lieu ouvert 24h/24h,
3. l’accompagnement dans les démarches d’insertion (travail, santé, logement, droit juridique),
4. le point-écoute-jeunes et
5. l'accompagnement global de tout ce qui fait la vie de la personne.
L'idée du CBS c'est qu'une personne qui nous quitte peut revenir à tout moment vers nous. La personne a toujours un lieu où elle est accueillie. C'est le service après vente. Vous savez, il n’y a pas beaucoup d’associations qui sont ouvertes 24 h sur 24h. Le CBS travaille avec un réseau de solidarité extrêmement large. Cela donne plus de chances à la personne. Le Collectif, c’est une boutique de solidarité, qui a des services d’accueil comme des gardes d'enfants le week-end, une domiciliation postale, la bagagerie, un coiffeur, un écrivain public, le raccommodage et le ramassage du linge, la douche ou le repas occasionnel, bref tout ce qui peut être nécessaire à une personne qui est momentanément sans domicile. L'idée est de rester ouverts et de permettre aux personnes de retrouver des forces. L'accueil est simple, chaleureux et sans condition dans locaux vastes et spacieux. Les bénévoles et les agents d’accueils, pour tenir un lieu comme, celui-là ont besoin d'une formation. Pour le relogement, on aide les personnes à s’installer (on nous fait des dons de mobilier). La solidarité que l'on propose n’est pas liée à un temps. Quoiqu’il leur arrive, les personnes peuvent venir, il y a toujours quelqu’un.
Le CBS est une sorte de guichet unique crée pour éviter aux gens d’être renvoyé de l’un à l’autre, comme une boule de flipper. On fait ce qu'on appelle un accompagnement rapproché.

Globules : pourquoi votre association s’occupe-t-elle des personnes en difficulté ?
Mme David : parce que notre association a pris cette décision. Personnellement, je me sens incapable d’être insensible à ce qui se passe a côté de moi. Je ne peux pas passer à côté de quelqu’un qui a un souci sans l’aider. Quand j’étais jeune, j’ai eu besoin qu’on me tende la main… Et je m’en suis sortie grâce à ça. Je crois aux rencontres. C'est très important de croiser quelqu’un. On a tous besoin de quelque chose : une main tendue, un sourire, une adresse, un nom, un pot, un repas… Quelque chose de simple et cela suffit pour repartir, pour se mettre debout. C’est ce qui m’anime. La solidarité universelle fait qu’on n'est pas tout seul. Le déclic est souvent provoqué par de petites choses.

Globules : Que faut-il faire lorsqu’on est rejeté de partout et à qui s’adresser ?
Mme David : le Collectif répond aux gens dont plus personne ne veut. Il est le dernier recours. Frapper à la porte du 14 bis, - c'est la maison de la solidarité - et le CBS et son réseau de partenaires auront toujours une réponse. Et, s'il n’y a pas toujours une solution, il y a toujours une réponse.

Globules : quelles sont les personnes les plus touchées par l’exclusion ?
Mme David : beaucoup de jeunes sont en errance. Malheureusement. Beaucoup n’ont pas de famille. Ils y a des personnes qui ont des problèmes d’insertion, ou qui ont eu des accidents de la vie : il y a des gens nantis et qui, après un malheur, ont descendu la pente et ont coulé. Beaucoup de femmes sont victimes de violences conjugales.

Globules : quelles sont les différentes formes de solidarité ?
Mme David : bien sûr, il y a la solidarité matérielle. Autour du CBS, il y a un réseau de gens qui font des dons parce qu'ils veulent apporter quelque chose aux gens. Et puis, il y a tout ce qui est "lien social" : soutenir moralement, être présent et faire profiter des relations qu’on peut avoir. Chacun d’entre nous fait partie d’un réseau Je pense à untel car je sais qu’untel a besoin. Chacun peut apporter quelque chose à condition d’être vigilant et d'être à l’écoute des besoins de chacun. Avoir le réflexe solidarité, c'est important. Nous devons être des créateurs de lien, c’est tellement essentiel. Et faire passer l’information. Faire en sorte que les gens se rencontrent.

Globules : Existe-t-il une loi sur la solidarité ?
Mme David : oui, la loi sur l’exclusion de juillet 1998 a apporté énormément. Il y a eu depuis beaucoup d’actions de solidarité et économiques (on a vu se développer les hôtels, banques sociales) Ce ne sont plus seulement des personnes et des associations qui agissent, ce sont des organismes. Maintenant, des textes sont passés…

Globules : Votre association obtient-elle des résultats ?
Mme David : oui, nous avons un mode d’évaluation qui montre que parmi les personnes qui se sont intégrées, peu sont revenues, alors qu’on les revoit presque toutes. Nous avons accueilli environ 400 foyers… On fait de la prévention de l’échec en travaillant en lien étroit avec des travailleurs sociaux.
Globules : Comment peut-on être solidaire au quotidien ?
Mme David : la disponibilité, c’est souvent le problème. Quand je m’engage, c’est complètement. Je suis pour la porte ouverte. Les gens ne sont pas en détresse à date et heure précise il faut être ouvert…

Globules : Avez-vous un message personnel à faire passer aux lecteurs du journal ?
Mme David : avant, on avait un lieu de jeunes animé par les jeunes. C'était dans une salle paroissiale mais c'était un lieu toujours ouvert, c'était formidable. Ils s'étaient approprié les lieux. Le jeune qui voulait voir un adulte le pouvait. Les adultes étaient discrets mais toujours présents. Quand Monseigneur Gaillot est parti, on nous a supprimé ces lieux. Les jeunes venaient là au lieu d’aller dans les bistrots. Une fois par mois, on faisait un repas Goulash - un repas pas cher - chacun apportait ce qu'il pouvait. Il y avait jamais moins de 40 jeunes… Ils faisaient un journal qui s'appelait "la Jachère ’’, on faisait des sorties, des camps… On s'est inspiré de cette expérience pour le collectif, cette idée d'un lieu toujours ouvert.

Globules : votre message ?
Mme David : je pense qu'il faut un espace de liberté où sont proposées plein de choses, un espace ouvert 24H sur 24, chaleureux et convivial. Cessons d'accueillir des jeunes dans des lieux en béton pour l'unique raison que cela se lave facilement ! Ma conviction est qu'une personne qui est déboussolée, quelle qu'en soit la raison, doit trouver un endroit où il puisse être "coconné" (entouré). À mon avis, les jeunes ont un rôle à jouer dans la solidarité. Les jeunes se confient aux jeunes, alors, il faut qu'ils puissent vivre cette solidarité entre eux, créer des réseaux dans la vie scolaire, se mobiliser et être attentif à leurs copains, pour dire à qui a besoin : ‘’je connais un lieu, une personne...". Questions Anim'Elbeuf -

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Lundi 28 mai, 17h30, Dans les locaux de Globules…
La violence génère de la souffrance et reflète une souffrance

Dans la relation à l'autre il y a l'amitié et la solidarité mais il y a la violence. Comment l'expliquer : celle des autres et la nôtre ? Comment comprendre ? En quête d'explications, nous rencontrons Areski Medini qui nous parle "socio", clairement et simplement… Un point de vue pour répondre à nos questions.

Globules : pouvez-vous nous expliquer votre métier ?
Areski Medini : je suis sociologue et je travaille à l'université du Havre comme professeur associé. Je suis enseignant en sociologie des professions. J'explique aux étudiants comment une profession arrive à naître ou à disparaître. Mes étudiants sont des animateurs, des travailleurs sociaux… Je les prépare à leur métier.

Globules : que pensez-vous de la violence ?
Areski Medini : c'est une bonne question. La violence existe dans tous les milieux : chez les riches et les pauvres, dans le sport, à l'école et dans la famille. C'est une forme d'expression qui n'est pas forcément nécessaire mais elle existe, elle est réelle. Elle est fantasmée et certaines personnes ont peur. C'est une façon de dire "non", de rejeter quelqu'un ou quelque chose, de l'écarter…

Globules : y a t-il une différence entre la violence masculine et la violence féminine ?
Areski Medini :pour moi, c'est la même chose. La violence génère de la souffrance et reflète une souffrance chez la personne qui est violente. Homme ou femme cela reflète et génère la même souffrance, je crois.
Globules : pourquoi y-a-t-il de la violence dans les écoles et dans les familles ?
Areski Medini :la société a évolué. Les manières de caractériser la violence aussi. Et puis, il y a la violence réelle qui existe dans les familles. C'est devenu un comportement considéré comme naturel. Les parents n'ont pas réussi à transmettre des manières d'être de communication simple. La société elle-même est violente, lorsque votre père ou votre mère sont au chômage. Lorsque que les autres ont (possèdent) et que vous, vous n'avez pas. Alors, vous "évacuez" dans la cour de l'école.

Globules : y a t-il un âge pour être violent ?
Areski Medini : je ne le crois pas. Il y a de la violence à tout âge, dans tous lieux et dans toutes les cultures. Mais, avec l'âge, on maîtrise mieux ses pulsions.

Globules : la violence débute-t-elle souvent par une histoire à 2 francs ?
Areski Medini : pas forcément. Il y a de la violence à 2 sous et il y a de la violence pour des "milliers de francs". Les sources, l'origine et ses formes sont différentes. Il y a la violence de l'individu et la violence du groupe. Le peuple aussi peut être violent. Certains peuples qui ont subi la violence ont été violents eux-mêmes.

Globules : comment se contrôler face à la provocation ?
Areski Medini : la question est de se contrôler en relativisant la violence et les propos de l'autre. Si quelqu'un vous insulte, on relativise en se disant que le comportement violent n'est pas un comportement digne.

Globules : c'est plus facile à dire qu'à faire
Areski Medini : ce n'est pas facile mais, si on répond, c'est un cercle vicieux. Il est nécessaire que les hommes politiques, les adultes et la société prennent en charge la violence et créent des lieux d'expression.

Globules : avez-vous été amené à être violent vous-même ?
Areski Medini : verbalement, oui. Il m'est sûrement arrivé de dire des choses qui dépassaient ma pensée. Pas avec les mains.. L'événement et le comportement de l'autre ont fait que j'ai réagi…

Globules : alors, cela ne s'arrêtera jamais ? et la fierté ?
Areski Medini : un homme qui raisonne doit dépasser ces situations. On s'excuse et on oublie. S'excuser, c'est important. Quand on maîtrise la violence de l'autre, on est fier !
Globules : quand on est violent, peut-on soigner ?
Areski Medini : oui, la violence est une expression qui vient après une souffrance, après un échec. On peut inverser le processus, on peut imaginer quelqu'un qui va mal dans sa vie à un moment et qui, quand il trouve un travail et qu'il fonde une famille, ira mieux. Il faut aussi que la société arrête de regarder certaines personnes comme elle le fait. Certaines personnes âgées vont changer de trottoir quand elles voient un jeune aux cheveux longs ou avec des baskets et une casquette, parce qu'ils ont peur de ces jeunes.

Globules : la violence est à l'intérieur de nous ?
Areski Medini : il y a des choses qui te faisaient mal il y a 5 ou 6 ans, et qui ne te font plus mal aujourd'hui. On se maîtrise… La violence, c'est l'échec de la socialisation. Quand on n'a pas appris les normes, à être calme ni à supporter la frustration, on est violent. Je n'ai pas toujours eu ce que je voulais, comme vous… Est-ce pour ça que je vole mes parents ? Cela s'apprend, je pense.

Globules : une personne qui boit ou fume, cela conduit-il à la violence ?
Areski Medini : ce sont des conduites déviantes. Faire quelque chose que la société ne partage pas, c'est transgresser les règles. Pour vivre en société, il faut trouver des ententes. L'homme n'est pas naturellement mauvais. On devient violent par frustration, c'est une conséquence négative.

Globules : existe-t-il des structures pour les jeunes violents ?
Areski Medini : il n'existe pas beaucoup de structures de prévention parce que ce n'est pas une menace pour la société.

Globules : des jeunes placés peuvent-ils revenir ?
Areski Medini : il y a des lieux qui amplifient la violence. En prison, par exemple, le risque est de revenir avec un statut dans le quartier de faire peur aux gens

Globules : la jalousie est-elle le noyau de la violence entre les classes sociales ?
Areski Medini :la question est très difficile. Je ne sais pas. Il y a un décalage entre les riches et les pauvres. Toi, tu n'es pas riche, tu as envie d'être riche, et tu n'as pas les moyens ? Ca risque de te rendre violent. Certains auteurs le disent. Moi, je ne crois pas. Je pense qu'on peut maîtriser cette différence. On peut se dire : "je ne peux pas faire cela aujourd'hui, je le ferai l'an prochain ou dans quelques années".

Globules : à votre avis, la violence va-t-elle continuer ou va-t-elle se calmer ?
Areski Medini : je pense que cela va se calmer. Je suis optimiste. Il y a moins de chômage et, quand on travaille, on n'a pas moins le temps pour les conflits. Et puis, je trouve que les jeunes sont plus tolérants entre eux qu'avant. On les voit ensemble : noirs, blancs et arabes… Cette ouverture des jeunes et l'instruction qu'ils ont aujourd'hui est plus élevée qu'avant. À condition de créer des passages entre les communautés et entre les quartiers.
Propos recueillis par Anthony Duchemin, Cédric Motte,
Anaïs Inne et Philippe Motte de la MJC de Duclair –

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