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sommaire numéro 39
>dossiers :
1-
Une certaine idée de la SOLIDARITÉ
2-
La violence génère de la souffrance et
reflète une souffrance
Une
certaine idée de la SOLIDARITÉ
Rencontre avec Mme David, présidente et bénévole
de l'association CBS. Une devise : être disponible
et
l'échange réciproque
1. Globules
: quest ce que le Collectif Bernayen de la Solidarité
?
Madame David : le Collectif Bernayen de la Solidarité (ou
CBS), ce sont plusieurs associations qui ont décidé
de se regrouper depuis 6 ans, pour répondre aux besoins des
personnes et des familles en grande précarité.
2. Globules
: cest quoi pour vous la solidarité ?
Madame David : la solidarité, cest se mettre au service
des personnes en difficulté. La solidarité, c'est
que chaque personne mette à disposition ses compétences
et apporte ce quil peut apporter à lautre. Chacun
a des possibilités, a des moyens . On peut tous avoir des
besoins, nous avons tous des moyens. Et puis le CBS apporte un soutien
moral par sa disponibilité, parce que quelquun qui
ne va pas bien a besoin d'une oreille attentive.
3. Globules
: quelles sont les actions que mène votre association ?
Madame David : le CBS a cinq secteurs dactivités :
1. lhébergement des personnes sans abri,
2. laccueil à la maison de la solidarité qui
est un lieu ouvert 24h/24h,
3. laccompagnement dans les démarches dinsertion
(travail, santé, logement, droit juridique),
4. le point-écoute-jeunes et
5. l'accompagnement global de tout ce qui fait la vie de la personne.
L'idée du CBS c'est qu'une personne qui nous quitte peut
revenir à tout moment vers nous. La personne a toujours un
lieu où elle est accueillie. C'est le service après
vente. Vous savez, il ny a pas beaucoup dassociations
qui sont ouvertes 24 h sur 24h. Le CBS travaille avec un réseau
de solidarité extrêmement large. Cela donne plus de
chances à la personne. Le Collectif, cest une boutique
de solidarité, qui a des services daccueil comme des
gardes d'enfants le week-end, une domiciliation postale, la bagagerie,
un coiffeur, un écrivain public, le raccommodage et le ramassage
du linge, la douche ou le repas occasionnel, bref tout ce qui peut
être nécessaire à une personne qui est momentanément
sans domicile. L'idée est de rester ouverts et de permettre
aux personnes de retrouver des forces. L'accueil est simple, chaleureux
et sans condition dans locaux vastes et spacieux. Les bénévoles
et les agents daccueils, pour tenir un lieu comme, celui-là
ont besoin d'une formation. Pour le relogement, on aide les personnes
à sinstaller (on nous fait des dons de mobilier). La
solidarité que l'on propose nest pas liée à
un temps. Quoiquil leur arrive, les personnes peuvent venir,
il y a toujours quelquun.
Le CBS est une sorte de guichet unique crée pour éviter
aux gens dêtre renvoyé de lun à
lautre, comme une boule de flipper. On fait ce qu'on appelle
un accompagnement rapproché.
Globules
: pourquoi votre association soccupe-t-elle des personnes
en difficulté ?
Mme David : parce que notre association a pris cette décision.
Personnellement, je me sens incapable dêtre insensible
à ce qui se passe a côté de moi. Je ne peux
pas passer à côté de quelquun qui a un
souci sans laider. Quand jétais jeune, jai
eu besoin quon me tende la main
Et je men suis
sortie grâce à ça. Je crois aux rencontres.
C'est très important de croiser quelquun. On a tous
besoin de quelque chose : une main tendue, un sourire, une adresse,
un nom, un pot, un repas
Quelque chose de simple et cela suffit
pour repartir, pour se mettre debout. Cest ce qui manime.
La solidarité universelle fait quon n'est pas tout
seul. Le déclic est souvent provoqué par de petites
choses.
Globules
: Que faut-il faire lorsquon est rejeté de partout
et à qui sadresser ?
Mme David : le Collectif répond aux gens dont plus personne
ne veut. Il est le dernier recours. Frapper à la porte du
14 bis, - c'est la maison de la solidarité - et le CBS et
son réseau de partenaires auront toujours une réponse.
Et, s'il ny a pas toujours une solution, il y a toujours une
réponse.
Globules
: quelles sont les personnes les plus touchées par lexclusion
?
Mme David : beaucoup de jeunes sont en errance. Malheureusement.
Beaucoup nont pas de famille. Ils y a des personnes qui ont
des problèmes dinsertion, ou qui ont eu des accidents
de la vie : il y a des gens nantis et qui, après un malheur,
ont descendu la pente et ont coulé. Beaucoup de femmes sont
victimes de violences conjugales.
Globules
: quelles sont les différentes formes de solidarité
?
Mme David : bien sûr, il y a la solidarité matérielle.
Autour du CBS, il y a un réseau de gens qui font des dons
parce qu'ils veulent apporter quelque chose aux gens. Et puis, il
y a tout ce qui est "lien social" : soutenir moralement,
être présent et faire profiter des relations quon
peut avoir. Chacun dentre nous fait partie dun réseau
Je pense à untel car je sais quuntel a besoin. Chacun
peut apporter quelque chose à condition dêtre
vigilant et d'être à lécoute des besoins
de chacun. Avoir le réflexe solidarité, c'est important.
Nous devons être des créateurs de lien, cest
tellement essentiel. Et faire passer linformation. Faire en
sorte que les gens se rencontrent.
Globules
: Existe-t-il une loi sur la solidarité ?
Mme David : oui, la loi sur lexclusion de juillet 1998 a apporté
énormément. Il y a eu depuis beaucoup dactions
de solidarité et économiques (on a vu se développer
les hôtels, banques sociales) Ce ne sont plus seulement des
personnes et des associations qui agissent, ce sont des organismes.
Maintenant, des textes sont passés
Globules
: Votre association obtient-elle des résultats ?
Mme David : oui, nous avons un mode dévaluation qui
montre que parmi les personnes qui se sont intégrées,
peu sont revenues, alors quon les revoit presque toutes. Nous
avons accueilli environ 400 foyers
On fait de la prévention
de léchec en travaillant en lien étroit avec
des travailleurs sociaux.
Globules : Comment peut-on être solidaire au quotidien ?
Mme David : la disponibilité, cest souvent le problème.
Quand je mengage, cest complètement. Je suis
pour la porte ouverte. Les gens ne sont pas en détresse à
date et heure précise il faut être ouvert
Globules
: Avez-vous un message personnel à faire passer aux lecteurs
du journal ?
Mme David : avant, on avait un lieu de jeunes animé par les
jeunes. C'était dans une salle paroissiale mais c'était
un lieu toujours ouvert, c'était formidable. Ils s'étaient
approprié les lieux. Le jeune qui voulait voir un adulte
le pouvait. Les adultes étaient discrets mais toujours présents.
Quand Monseigneur Gaillot est parti, on nous a supprimé ces
lieux. Les jeunes venaient là au lieu daller dans les
bistrots. Une fois par mois, on faisait un repas Goulash - un repas
pas cher - chacun apportait ce qu'il pouvait. Il y avait jamais
moins de 40 jeunes
Ils faisaient un journal qui s'appelait
"la Jachère , on faisait des sorties, des
camps
On s'est inspiré de cette expérience pour
le collectif, cette idée d'un lieu toujours ouvert.
Globules
: votre message ?
Mme David : je pense qu'il faut un espace de liberté où
sont proposées plein de choses, un espace ouvert 24H sur
24, chaleureux et convivial. Cessons d'accueillir des jeunes dans
des lieux en béton pour l'unique raison que cela se lave
facilement ! Ma conviction est qu'une personne qui est déboussolée,
quelle qu'en soit la raison, doit trouver un endroit où il
puisse être "coconné" (entouré). À
mon avis, les jeunes ont un rôle à jouer dans la solidarité.
Les jeunes se confient aux jeunes, alors, il faut qu'ils puissent
vivre cette solidarité entre eux, créer des réseaux
dans la vie scolaire, se mobiliser et être attentif à
leurs copains, pour dire à qui a besoin : je
connais un lieu, une personne...". Questions Anim'Elbeuf -
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Lundi
28 mai, 17h30, Dans les locaux de Globules
La violence génère
de la souffrance et reflète une souffrance
Dans la relation à l'autre il y a l'amitié et la solidarité
mais il y a la violence. Comment l'expliquer : celle des autres
et la nôtre ? Comment comprendre ? En quête d'explications,
nous rencontrons Areski Medini qui nous parle "socio",
clairement et simplement
Un point de vue pour répondre
à nos questions.
Globules
: pouvez-vous nous expliquer votre métier ?
Areski Medini : je suis sociologue et je travaille à l'université
du Havre comme professeur associé. Je suis enseignant en
sociologie des professions. J'explique aux étudiants comment
une profession arrive à naître ou à disparaître.
Mes étudiants sont des animateurs, des travailleurs sociaux
Je les prépare à leur métier.
Globules
: que pensez-vous de la violence ?
Areski Medini : c'est une bonne question. La violence existe dans
tous les milieux : chez les riches et les pauvres, dans le sport,
à l'école et dans la famille. C'est une forme d'expression
qui n'est pas forcément nécessaire mais elle existe,
elle est réelle. Elle est fantasmée et certaines personnes
ont peur. C'est une façon de dire "non", de rejeter
quelqu'un ou quelque chose, de l'écarter
Globules
: y a t-il une différence entre la violence masculine et
la violence féminine ?
Areski Medini :pour moi, c'est la même chose. La violence
génère de la souffrance et reflète une souffrance
chez la personne qui est violente. Homme ou femme cela reflète
et génère la même souffrance, je crois.
Globules : pourquoi y-a-t-il de la violence dans les écoles
et dans les familles ?
Areski Medini :la société a évolué.
Les manières de caractériser la violence aussi. Et
puis, il y a la violence réelle qui existe dans les familles.
C'est devenu un comportement considéré comme naturel.
Les parents n'ont pas réussi à transmettre des manières
d'être de communication simple. La société elle-même
est violente, lorsque votre père ou votre mère sont
au chômage. Lorsque que les autres ont (possèdent)
et que vous, vous n'avez pas. Alors, vous "évacuez"
dans la cour de l'école.
Globules
: y a t-il un âge pour être violent ?
Areski Medini : je ne le crois pas. Il y a de la violence à
tout âge, dans tous lieux et dans toutes les cultures. Mais,
avec l'âge, on maîtrise mieux ses pulsions.
Globules
: la violence débute-t-elle souvent par une histoire à
2 francs ?
Areski Medini : pas forcément. Il y a de la violence à
2 sous et il y a de la violence pour des "milliers de francs".
Les sources, l'origine et ses formes sont différentes. Il
y a la violence de l'individu et la violence du groupe. Le peuple
aussi peut être violent. Certains peuples qui ont subi la
violence ont été violents eux-mêmes.
Globules
: comment se contrôler face à la provocation ?
Areski Medini : la question est de se contrôler en relativisant
la violence et les propos de l'autre. Si quelqu'un vous insulte,
on relativise en se disant que le comportement violent n'est pas
un comportement digne.
Globules
: c'est plus facile à dire qu'à faire
Areski Medini : ce n'est pas facile mais, si on répond, c'est
un cercle vicieux. Il est nécessaire que les hommes politiques,
les adultes et la société prennent en charge la violence
et créent des lieux d'expression.
Globules
: avez-vous été amené à être violent
vous-même ?
Areski Medini : verbalement, oui. Il m'est sûrement arrivé
de dire des choses qui dépassaient ma pensée. Pas
avec les mains.. L'événement et le comportement de
l'autre ont fait que j'ai réagi
Globules
: alors, cela ne s'arrêtera jamais ? et la fierté ?
Areski Medini : un homme qui raisonne doit dépasser ces situations.
On s'excuse et on oublie. S'excuser, c'est important. Quand on maîtrise
la violence de l'autre, on est fier !
Globules : quand on est violent, peut-on soigner ?
Areski Medini : oui, la violence est une expression qui vient après
une souffrance, après un échec. On peut inverser le
processus, on peut imaginer quelqu'un qui va mal dans sa vie à
un moment et qui, quand il trouve un travail et qu'il fonde une
famille, ira mieux. Il faut aussi que la société arrête
de regarder certaines personnes comme elle le fait. Certaines personnes
âgées vont changer de trottoir quand elles voient un
jeune aux cheveux longs ou avec des baskets et une casquette, parce
qu'ils ont peur de ces jeunes.
Globules
: la violence est à l'intérieur de nous ?
Areski Medini : il y a des choses qui te faisaient mal il y a 5
ou 6 ans, et qui ne te font plus mal aujourd'hui. On se maîtrise
La violence, c'est l'échec de la socialisation. Quand on
n'a pas appris les normes, à être calme ni à
supporter la frustration, on est violent. Je n'ai pas toujours eu
ce que je voulais, comme vous
Est-ce pour ça que je
vole mes parents ? Cela s'apprend, je pense.
Globules
: une personne qui boit ou fume, cela conduit-il à la violence
?
Areski Medini : ce sont des conduites déviantes. Faire quelque
chose que la société ne partage pas, c'est transgresser
les règles. Pour vivre en société, il faut
trouver des ententes. L'homme n'est pas naturellement mauvais. On
devient violent par frustration, c'est une conséquence négative.
Globules
: existe-t-il des structures pour les jeunes violents ?
Areski Medini : il n'existe pas beaucoup de structures de prévention
parce que ce n'est pas une menace pour la société.
Globules
: des jeunes placés peuvent-ils revenir ?
Areski Medini : il y a des lieux qui amplifient la violence. En
prison, par exemple, le risque est de revenir avec un statut dans
le quartier de faire peur aux gens
Globules
: la jalousie est-elle le noyau de la violence entre les classes
sociales ?
Areski Medini :la question est très difficile. Je ne sais
pas. Il y a un décalage entre les riches et les pauvres.
Toi, tu n'es pas riche, tu as envie d'être riche, et tu n'as
pas les moyens ? Ca risque de te rendre violent. Certains auteurs
le disent. Moi, je ne crois pas. Je pense qu'on peut maîtriser
cette différence. On peut se dire : "je ne peux pas
faire cela aujourd'hui, je le ferai l'an prochain ou dans quelques
années".
Globules
: à votre avis, la violence va-t-elle continuer ou va-t-elle
se calmer ?
Areski Medini : je pense que cela va se calmer. Je suis optimiste.
Il y a moins de chômage et, quand on travaille, on n'a pas
moins le temps pour les conflits. Et puis, je trouve que les jeunes
sont plus tolérants entre eux qu'avant. On les voit ensemble
: noirs, blancs et arabes
Cette ouverture des jeunes et l'instruction
qu'ils ont aujourd'hui est plus élevée qu'avant. À
condition de créer des passages entre les communautés
et entre les quartiers.
Propos recueillis par Anthony Duchemin, Cédric Motte,
Anaïs Inne et Philippe Motte de la MJC de Duclair
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