Dossiers, numero 38 : Les médicaments
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LES
MEDICAMENTS ET LA SANTÉ : DANS
LA RELATION MEDECIN PATIENT, |
Le Havre,
LES MEDICAMENTS ET LA SANTÉ :
ACCESSIBLES À TOUS ?
Néné Lô est « animatrice-santé
». Elle travaille au REVAH (réseau Havrais) et à «
Médecins du Monde » avec Arlette Seiffert auprès des familles
étrangères. Elles sont 6, comme elle, à accompagner les
médecins dans les quartiers, à traduire, à expliquer et
à informer les personnes de leurs droits. Un travail de patience, basé
sur le respect et la confiance mutuelles, qui fait partie de ce quon appelle
la santé communautaire.
Globules
: pouvez-vous nous expliquer votre travail ?
Néné Lô : jinterviens surtout auprès de femmes
Africaines, Maghrébines et des pays de lEst. Le docteur parle en
français et moi, je traduis dans la langue et jexplique
Je
mintègre dans les groupes de femmes. Actuellement, on commence
une campagne sur le « Femidon » qui est un préservatif féminin.
On parle du corps et de prévention. Ce nest pas simple, il y a
la culture
Globules
: est-ce facile dêtre soigné et davoir des médicaments
?
Néné Lô : ici, oui. On peut être soigné. Une
personne qui na pas dargent peut toujours aller à «
Médecins du Monde ». Jinforme et jexplique où
aller.
Globules : quelles difficultés
rencontrez-vous pour faire passer vos messages ?
Néné Lô : dabord, il faut que la personne me connaisse
sinon elle va se dire « non, je ne veux pas », elle va se méfier,
-les gens se méfient toujours, elle va hésiter et se demander
qui je suis et ce que je veux. Elles se demandent « pourquoi me parle
t-elle ? elle a une idée derrière la tête ». Avec
le temps, avec les liens, si elle me connaît, elle va souvrir à
moi
Ensuite, cela dépend de lâge. Quand cest
une femme de lâge de ma mère, cest plus difficile.
Si cest lié au sexe, cest gênant, je ne peux pas en
parler comme ça. Il faut faire attention aux mots et ne pas choquer.
Je suis musulmane pratiquante et je comprends. Il existe des gens en situation
difficile, des personnes en cours de régularisation, et qui ont besoin
de notre aide. Des personnes qui tombent malades ici, avec des maladies graves
comme le cancer ou le diabète, et qui savent quelles ne pourront
pas être soignées dans leur pays.
Globules : y a-il des
ONG qui distribue des médicaments et comment cela se passe-il ?
Néné Lô : « Terre des Hommes » et la «
Croix Rouge » et dautres aident les personnes, vont dans les bidonvilles
avec les plus pauvres. Il y a des queues pour un peu daspirine ou de sirop
pour les enfants
Globules
: à votre avis, en France, tout le monde a-t-il accès aux médicaments
?
Néné Lô : ici, il peut y avoir un problème de lecture
et dinformation. Il faut trouver quelquun qui lise et explique les
prescriptions. Dans les hôpitaux, on a droit aux médicaments. Limportant
est dexpliquer à une personne qui met de largent de côté,
quelle peut avoir des lunettes. Les gens disent : « ah bon je ne
savais pas ». Après, cela se passe bien. Et, pour les personnes
en situation irrégulière, il existe « Médecins du
monde ».
Globules
: comment sont attribués les médicaments dans les pays pauvres
?
Néné Lô : inégalement. La société fonctionne
par classes, et ceux qui nont pas dargent ne peuvent pas se soigner.
Ceux qui ont un bon statut ont des médicaments gratuitement alors que
cela devrait être le contraire !
Globules
: comment expliquer la différence de prix des médicaments entre
les pays riches et les pays pauvres ?
Dr Arlette Seiffert : normalement, il ny a pas de différence. Les
laboratoires veulent garder leurs prérogatives. Ils ont baissé
leur prix, mais pas suffisamment. Par exemple, pour les médicaments du
SIDA, des laboratoires Indiens ont fabriqué les mêmes corps chimiques
et ont produit leurs médicaments, - ils ont été ingénieux,
ils ont trouvé - , et les labos ont intenté un procès pour
leur interdire de vendre. Alors, quil y a des gens qui meurent du Sida.
Dun point de vue éthique, cela nest pas acceptable. Du point
de vue des droits de lhomme, cest inconcevable. Il faut faire quelque
chose, se manifester
Globules
: pourquoi les pays riches ne font pas part de leurs découvertes aux
pays pauvres ? est-ce une question dargent ?
Dr Arlette Seiffert :il y a des débats concernant le prix des médicaments.
Cela vous choque et nous choque tous. Dans nos pays, on nest pas assez
concerné par ces problèmes. Mais, vous pouvez en parler avec vos
camarades. Le laboratoire, qui invente un médicament, garde le monopole
de sa fabrication durant 20 années. Pendant ce temps-là, il ny
a pas de concurrence et le laboratoire va gagner beaucoup dargent. Les
labos disent que cela paye la recherche
LEtat ne pourrait-il pas
payer la recherche pour que les médicaments soient moins chers ?
Globules : et dans les
pays sous-développés, les médicaments arrivent-ils aux
pays démunis ?
Néné Lô : là-bas, les médicaments, cest
un grand problème. En Mauritanie, par exemple, même les gens qui
ont une ordonnance ne peuvent pas acheter de médicaments. Cest
trop cher. Et puis, on doit faire attention la qualité et aux arnaqueurs
: il y a parfois des médicaments périmés. On rencontre
souvent des gens qui préfèrent ne pas aller à lhôpital
quand ils sont malades. On peut dire : « si tu nas pas dargent,
tu crèves »
Globules : alors,
la santé est synonyme dargent ?
Néné Lô : oui. Soit, tu vas en clinique à létranger,
au Sénégal ou en France, soit en brousse, tu cherches le médecin
Jai une parente qui est morte, pour un « bobo », parce quon
a cherché le médecin partout et quil nétait
pas là. La santé sur place, cest la catastrophe ! Et quand
il y a des médecins, il ny a pas de moyens. Le problème
est que les gouvernements préfèrent investir ailleurs. Pas sur
la santé des personnes. Et puis on entend : «je préfère
acheter du riz que des médicaments».
Globules : y a-il un
rapport entre les inégalités daccès aux soins et
le manque dinformation ?
Néné Lô :certains séropositifs ne veulent pas se
protéger. Il y a des fanatiques qui disent que cest Dieu qui leur
a donné la maladie alors ils ne se soignent pas. Jai vu une femme
séropositive qui na pas voulu avoir une césarienne ! Alors,
il faut savoir si tu sauves la vie ou non ? Moi, je trouve que les gens exagèrent,
je trouve que cest trop. Il faut voir les conséquences sur le bébé
: si ton enfant souffre après dune maladie ou dun handicap,
jaurai ça sur ma conscience et cela ne m empêche pas
dêtre croyante. Si le médecin te dit : « non ce nest
pas bon pour la santé, tu ne peux pas faire nimporte quoi »,
il faut écouter le médecin.
Globules : quels moyens
peut-on mettre en place pour réduire les inégalités face
à la santé, là-bas et ici ?
Néné Lô : dabord, il faut informer. Beaucoup de personnes
sont ignorantes et ne savent pas leurs droits. Il faut expliquer. Nous, on aide,
on écoute et on explique. Heureusement. Culturellement, on na pas
lhabitude des médecins. Même en travaillant sur le "Fémidon",
on commence toujours par parler de la santé en général.
Il faut expliquer que, même si on nest pas malade, on peut aller
chez le médecin et, que faire un bilan peut éviter des complications
après. Ici, en France, pour le sida, il y a des gens qui savent quils
sont malades mais qui se cachent parce quils ne veulent pas que le reste
de la communauté le sache. Il y a le poids de la culture. Avoir le même
système là-bas quici, serait idéal. Je ne sais pas
si cest possible. Là-bas, le problème cest la pauvreté,
alors quici, cest lignorance. Ici, on va bientôt faire
une campagne sur lhépatite, les gens ignorent tout. Nous accompagnons
les femmes aux consultations. Quand on sait quelles vont seules au Centre
de Dépistage Anonyme et Gratuit et quelles gardent le contact avec
les médecins, cest bien, cest ce quon voulait.
- Propos recueillis
par Laëtitia Lefèbvre, Stéphanie Fécamp et Teddy Ah-Fou
Questions préparées par les classes de lIFCASS Dieppe
Professeur de biologie Marie-françoise Turquin
Contacts : REVAH 02 32 73 38 20 M du Monde 02 35 21 68 66
DANS LA RELATION MEDECIN
PATIENT,
LE MEDICAMENT
EST UN MESSAGE DE GUERISON
Pharmacien dans un village de lagglomération
Rouennaise, Alain B. nous parle de son métier et répond aux mille
et une questions pertinentes de nos reporters. Alain conçoit son métier
comme un maillon dans la chaîne des professions de santé. Dans
sa pharmacie, tout est informatisé afin que le maximum du temps soit
consacré aux patients. Il conseille, accueille, contrôle les ordonnances
et délivre les médicaments bienfaiteurs
mais nous met en
garde : attention, ils peuvent être dangereux !
Globules
: quel est le rôle du pharmacien ?
Alain B. : dans la relation médecin/malade, qui est une relation de confiance,
le rôle du pharmacien est dêtre au service de cette relation
avec un minimum dinterférences. Mais il a un regard sur toutes
les prescriptions et il est responsable à 50% avec le médecin
sil y a un problème. Comme vous le voyez, je contrôle toutes
les ordonnances. Jappelle le médecin, si besoin, pour lui faire
part de mon point de vue.
Le pharmacien na pas quun rôle de délivrance de médicaments.
Sil ne fait pas de diagnostic, en tant que professionnel de santé,
il est confronté tous les jours à des gens qui viennent avec leurs
symptômes. Il a, alors, un rôle de conseil et dorientation.
Il doit savoir juger de la gravité de la situation et mettre en place
des procédures. Il peut, si besoin, envoyer quelquun à lhôpital.
Globules
: les médicaments soignent-ils tout ?
Alain B. : les médicaments soignent, mais ils nont pas tous la
même action thérapeutique. Le médicament sert à autre
chose
En dehors de laction physique, le médicament entre
dans la relation médecin et de son patient comme un message de guérison.
Il ny a pas que laspect rationnel.
Globules
: le médicament signifie-il : guérison ?
Alain B. : il y a des maladies qui ne guérissent pas, comme larthrose
par exemple. Le médicament soulage la douleur, améliore la mobilité.
Les médicaments contre la douleur sont ceux qui sont le plus vendus.
La douleur est un symptôme mal vécu.
Globules
: un médicament peut-il avoir leffet contraire à celui recherché
?
Alain B. : entre le médecin et le patient, il y a une rencontre. Par
son attitude, le médecin comprend plein de choses. Croire ou non à
son médecin et le médicament marchera plus ou moins. Le médicament
peut être la parole ou la relation du patient à son médecin
Globules : peut-on consommer
des médicaments comme on veut, comme laspirine ?
Alain B. : les médicaments sont à manipuler avec précaution.
Laspirine peut être dangereux et peut donner, si lindication
nest pas bonne, des hémorragies. En comprimé sec, il peut
même faire un trou dans lestomac. Aujourdhui, on en prescrit
beaucoup moins.
Globules
: est-il dangereux dabuser des vitamines ?
Alain B. : les vitamines, en général, ne sont pas dangereuses.
Sauf quelques-unes comme les vitamines A et D (qui sont celles quon donne
aux enfants). Il y a des risques de surdose. Cela demande une vigilance et il
faut donc se référer à la prescription du médecin.
Globules
: que pensez-vous des excitants et des dopants ?
Alain B. : je parle des médicaments licites et vendus en pharmacie. Je
pense quon peut saider avec ces produits sur de courtes périodes.
Mais, si on ne peut sen passer, il faut sinterroger sur son hygiène
de vie. Le corps a ses signes, comme la douleur, la température, lessoufflement
qui sont autant de symptômes qui nous signifient quelque chose et nous
alertent. Si je cours, et si je suis essoufflé, il faut que je marrête.
Alors, vous comprenez quavec un médicament qui masque ces symptômes,
on ne sent plus les limites et on risque des accidents sur son corps.
Globules
: et les somnifères ?
Alain B. : les somnifères sont utilisés de manière abusive.
Plus on vieillit et moins on dort, cest normal, cest physiologique.
On passe dun sommeil monophasique (on dort dune seule traite) à
un sommeil biphasique (on dort en 2 fois dans la nuit) et cela est naturel quand
on a 70 ans. Ce nest pas une insomnie, même si cest inconfortable.
Alors, si on prend un somnifère, on vient contrecarrer quelque chose
de naturel. Beaucoup de gens les utilisent. Certains en ont réellement
besoin, dautres non.
Globules
: les « décontractants » ?
Alain B. : il y en a de très bons à base de plantes qui sont efficaces
et qui ne sont pas nocifs.
Globules
: les médicaments font-ils grossir ? la pilule par exemple ?
Alain B. : quelques-uns, mais cest marginal. Il doit y avoir une hygiène
alimentaire qui accompagne. La pilule est la contraception la plus utilisée
par les femmes aujourdhui et la plu part dentre elles ne grossit
pas à cause de ça.
Globules
: avez-vous un avis sur les antibiotiques ?
Alain B. : en prendre soi-même est dangereux. Un antibiotique mal prescrit,
peut avoir un effet qui va masquer le problème et va altérer le
diagnostic du médecin.
Globules
: vous pouvez nous expliquer ce quest un « médicament générique
» ?
Alain B. : un laboratoire qui crée un nouveau produit - qui sappelle
le "princeps - garde lexclusivité de son procédé
de fabrication durant 10 ans. Après, tout le monde peut en fabriquer
et le copier. Les produits génériques sont des produits qui ont
le même principe actif mais qui sont différents. Le médicament
générique sera remboursé de la même manière
que le « princeps ». Ils peuvent avoir une présentation,
une couleur, un parfum, des édulcorants différents. Ce qui pose,
à mon avis, un problème à certaines personne habituées
à telle ou telle couleur ou forme. Ce qui peut parfois poser des problèmes
dallergies
Il existe aussi des produits de co-marketing (des «
co-princeps ») qui sont des produits identiques qui ont, pour des raisons
de marché, des noms différents. Actuellement, la caisse nationale
dassurance maladie évoque la mise en place dune base de remboursement
unique pour les génériques équivalents ainsi que la possibilité
pour les médecins de prescrire en dénomination commune internationale
: Je pense que ce sont dexcellentes propositions.
Globules
: le pharmacien peut-il avoir recours à un médicament de son choix
sil nest pas daccord avec lordonnance ?
Alain B. : le médecin prescrit. Le pharmacien a une autorisation de substitution.
On fait ce quon sait faire. Je respecte lordonnance du médecin.
On doit donner ce qui est prescrit parc que le patient et le médecin
ont ensemble une relation de confiance dans laquelle le pharmacien doit intervenir
le moins possible. Il doit la respecter et ne pas critiquer le médecin.
Un pharmacien, qui propose des médicaments génériques,
risque de casser la relation médecin/malade. Je pense quon na
pas à simmiscer dans cette relation. Je ne comprends pas pourquoi
on met la pression sur les pharmaciens. Sans doute pour des raisons économiques,
car cest le seul acteur de santé qui avance des fonds. Mais je
crois que ce nest pas à nous de mettre en place les médicaments
génériques. Les pouvoirs publics doivent prendre leur responsabilité.
Bien sûr, on donne notre avis, on peut appeler le médecin et discuter
une prescription avec lui, cela marrive, cela fait partie du travail du
pharmacien.
Globules
: que faîtes-vous des médicaments non utilisés ?
Alain B. : un médicament a une date légale de péremption
qui nexcède pas quelques années. Après cette date,
on les détruit mais pas nimporte comment. Les pharmaciens ont créé
une association « Cyclamed » qui collecte les médicaments
périmés. Rien ne doit aller dehors comme ça.
Globules
: mettre un médicament à la poubelle, cest un risque ?
Alain B. : les médicaments ont des principes actifs qui peuvent être
dangereux. Jetés dans une poubelle, il peuvent être ramassés
par nimporte qui
Il faut les remettre à son pharmacien, cest
important.
Globules
: un mot de conclusion ?
Alain B. : la pharmacie est un lieu de santé où les personnes
viennent demander conseil. Les pharmaciens ont derrière eux 6 années
détude et souvent des formations complémentaires. On appartient
à un réseau de soin et notre démarche,, est de faciliter
laccès aux soins. Je travaille dans un village et je travaille
avec les médecins et linfirmière, on dépanne les
clients. Jai une éthique. Certains soirs je travaille bénévolement,
avec des médecins et des soignants, dans une association qui va au-devant
des gens de la rue, proposer des soins.
Propos recueillis
par Ymen & Aoitef Benzira.
questions préparées avec Grégory et Julien Houssier. ASPIC
St Etienne du Rouvray -