>Dossier n°34 SECURITE ROUTIERE : EN ROUTE POUR LA PREVENTION Globules a rencontré le Docteur Jean-Claude Pélerin. Inspecteur départemental à la Préfecture, il participe à l'enquête "Réagir " qui étudie les causes de mortalité des accidents de la route. Le Dr J.C Pélerin exprime sa colère devant le tribut que paye la jeunesse aux accidents de la route et tire la sonnette d'alarme. Nous sommes tous concernés et avons des responsabilités a prendre et des prises de conscience à faire. Il y a urgence Globules : quel est votre travail ? Globules : pouvez-vous nous donner quelques chiffres concernant les responsables (leur nombre, leur âge, leur sexe ) des accidents de la route dans notre région ? Globules : pourquoi, à votre avis, y a t-il autant de jeunes ? Globules : pouvez-vous nous donner quelques chiffres concernant les responsables (leur nombre, leur âge, leur sexe ) des accidents de la route dans notre région ? Globules : qu'appelez-vous les conditions à risque ? Globules : le code de la route, le permis actuel doivent-ils être remis en cause ? Globules : et la conduite accompagnée ? Globules : par rapport au nombre d'accidents de la route, la vitesse est-elle un facteur important ? Globules : pourquoi ce besoin de vitesse ? Globules : pourquoi construire des voitures qui vont de plus en plus vite ? Globules : à votre avis, les Alcootests vendus en pharmacie sont-ils utiles ? Globules : pourquoi laisse t-on les personnes qui a bu de l'alcool prendre le volant ? Globules : comment cela se fait-il qu'on ne soit pas assez responsable et qu'on puisse prendre le volant alors qu'on a bu de l'alcool ? Globules : est-ce autant dangereux ? Globules : existe t-il des dispositifs prévus pour prévenir les accidents à la sortie des boîtes de nuit ? Globules : quel est votre travail ? Dr. Pélerin : je suis médecin généraliste et j'ai une activité à la sécurité routière au niveau préfectoral depuis 1979. A la Préfecture, il y a une délégation interministérielle qui regroupe les ministères de la santé de la justice de l'équipement. Là, des fonctionnaires aidés de bénévoles font fonctionner les réseaux. Moi, je suis chargé d'agréer ou non les permis de conduire de personnes qui ont eu un problème d'alcool au volant. J'ai fait du SAMU et je travaille bénévolement sur l'enjeu alcool en "accidentologie" routière. J'ai ramassé des morts sur la route. Je trouve ça inacceptable ! retour aux questions Globules : pouvez-vous nous donner quelques chiffres concernant les responsables (leur nombre, leur âge, leur sexe ) des accidents de la route dans notre région ? Dr. Pélerin : il y a 8500 morts sur la route par an en France. 30% ont moins de 25 ans, alors que cette classe d'âge représente 16% de la population (et plus de 25% en Haute-Normandie). Il y a une différence considérable entre les filles et les garçons : les filles sont moins folles, plus conscientes. Et on remarque que les garçons se "stabilisent" dès qu'ils ont une copine. retour aux questions Globules : pourquoi, à votre avis, y a t-il autant de jeunes ? Dr. Pélerin : quand on est jeune, la mort n'existe pas et on a une énergie phénoménale. Les conduites à risque sur la voie publique sont très "parlantes". Aujourd'hui, la route est un lieu de rencontre sociale : toute la population s'y retrouve, s'y croise et y passe de plus en plus de temps. Avant, les gens se déplaçaient beaucoup moins. retour aux questions Globules : pouvez-vous nous donner quelques chiffres concernant les responsables (leur nombre, leur âge, leur sexe ) des accidents de la route dans notre région ? Dr. Pélerin : il y a 8500 morts sur la route par an en France. 30% ont moins de 25 ans, alors que cette classe d'âge représente 16% de la population (et plus de 25% en Haute-Normandie). Il y a une différence considérable entre les filles et les garçons : les filles sont moins folles, plus conscientes. Et on remarque que les garçons se "stabilisent" dès qu'ils ont une copine. retour aux questions Globules : qu'appelez-vous les conditions à risque ? Dr. Pélerin : c'est la transgression des règles du code de la route. Parce qu'on n'en voit pas l'intérêt et qu'il n'y a pas de conscience collective Nous sommes dans une société qui a développé les libertés individuelles. S'il n'y a jamais assez de liberté individuelle, nous n'avons pas assez de liberté publique, collective et cela nous l'avons laissé de côté. Des lois qui protègent le groupe , l'ensemble des personnes retour aux questions Globules : le code de la route, le permis actuel doivent-ils être remis en cause ? Dr. Pélerin : en France, on acquiert le permis sur des connaissances et pas sur des consignes de sécurité. Même les parents veulent que leur enfant l'ait vite et au moindre coût. retour aux questions Globules : et la conduite accompagnée ? Dr. Pélerin : la conduite accompagnée a des résultats excellents. A 16 ans, on écoute les conseils, mieux qu'à 18. Mais cela coûte cher et est accessible à une classe favorisée. Et, plus on est favorisé et moins on a de risques dans l'existence en général. L'espérance de vie diffère d'environ 10 à 20 ans selon le niveau social, et vous ne voyez jamais de manifestations sur le sujet, même les médecins tolèrent ! Ca, je ne le comprends pas, c'est inacceptable ! retour aux questions Globules : par rapport au nombre d'accidents de la route, la vitesse est-elle un facteur important ? Dr. Pélerin : oui, il n'y a pas l'ombre d'un doute. C'est le facteur le plus important. En un temps extrêmement court, vous passez d'une vitesse X à une vitesse zéro : l'énergie dégagée lors d'un choc contre un objet fixe, comme un arbre ou un camion c'est la vitesse du véhicule multiplié par 2 c'est de la physique, c'est (pour les garçons qui, s'ils sont mauvais conducteurs aiment la physique. Imaginez le choc, c'est énorme. Les tests montrent qu'à 60 km/h, votre chance de survie est nulle. Si demain, (ce n'est pas interdit de rêver), on respecte les limites de vitesse et si on révise tous notre vitesse de 20km/h, il y aurait 2500 morts de moins en France par an retour aux questions Globules : pourquoi ce besoin de vitesse ? Dr. Pélerin : votre question est intéressante car, la vitesse est banalisée et même valorisée. la vitesse ne fait pas peur. Si je monte sur un toit, j'ai peur de tomber - et pourtant, ce n'est rien à côté de l'énergie dégagée lors d'un accident à 120km/h sur la route. En voiture, il n'y a pas ce frein naturel qu'est la peur. Nous avons des voitures confortables qui donnent une impression de sécurité. Quand vous analysez un accident et que vous étudiez le moment où les conducteurs se sont vus et le lieu de l'impact, vous vous dîtes qu'ils auraient eu le temps de s'éviter. Or, il faut penser en temps et non en distance. Le moment qui sépare le moment où l'on voit l'autre est souvent inférieur à une 1/2 seconde. Il y a le problème des gens qui se valorisent dans leurs voitures. Alors, la Sécurité Routière est à contre courant et se bat pour faire comprendre aux gens que ce serait un progrès de civilisation d'aller moins vite. retour aux questions Globules : pourquoi construire des voitures qui vont de plus en plus vite ? Dr. Pélerin : je n'ai pas de réponse. On "contre" des gens qui ont d'autres intérêts. Les constructeurs sont plus proches des "infractionnistes" que des forces de l'ordre. Et puis, c'est comme pour les toxiques : je ne sais pas si « brider » les voitures servirait à quelque chose. Il y a aussi le facteur culturel. En France, il existe une sorte de loi du milieu de ceux qui sont sur la route et cette loi est hautement dangereuse. Ailleurs, en Grande Bretagne, on est surpris par la civilité des conducteurs. Même aux USA vous voyez des personnes qui roulent lentement, tranquillement. Alors qu'ici c'est bras d'honneur et insultes, sans savoir pourquoi. retour aux questions Globules : à votre avis, les Alcootests vendus en pharmacie sont-ils utiles ? Dr. Pélerin : l'Alcootest vous prévient d'un surdosage par rapport à la législation sur l'alcool, il peut donc rendre service. En sécurité routière, on est sur une prévention du risque total et le principe de base c'est l'alcool zéro. Dès que vous avez bu, il y a un effet. L'alcool rend euphorique. Une enquête récente, réalisée dans le Val d'Oise, montre que ceux qui vont vite sont ceux qui ont bu un peu. Dans une société comme la nôtre, en France, qui est la première consommatrice d'alcool (avec 13l d'alcool pur par habitant et par an), il faut tenir compte de l'histoire : une loi concernant l'alcool ne peut s'appliquer du jour au lendemain. Pensez qu'avant 1954, l'alcool au volant était une circonstance atténuante, en cas d'accident. Il a fallu attendre le gouvernement de P. Mendès-France pour changer les choses. Il était maire de Louviers et a donné du lait à distribuer tous les jours dans les écoles. Les dosage préventifs d'alcool sont apparus en 78 seulement. Il a fallu attendre 24 ans et combien de morts ! Aujourd'hui, on est en train de vivre les mêmes choses qu'avec les autres drogues, comme le cannabis. retour aux questions Globules : pourquoi laisse t-on les personnes qui a bu de l'alcool prendre le volant ? Dr. Pélerin : parce que l'attitude de la société adulte est irresponsable vis à vis de ses jeunes. Les adultes sont bons pour les discours mais, dans les actes, n'y arrivent pas, ils ne sont pas crédibles. Le fossé entre les générations est très grand. On a besoin d'une forte mobilisation des jeunes pour la sécurité routière. Il y a des actions comme le concours "la belle vie" et d'autres : c'est une avance positive. Peu à peu, on avance, on comprend. Les institutions doivent aussi jouer leur rôle. On doit connaître les attributions des uns et des autres. La Justice est là pour sanctionner et éclairer le citoyen sur ses droits. La Préfecture, qui est le garant de la liberté publique, doit prendre des mesures pour protéger l'ensemble des citoyens et assurer leur sécurité. Pour la santé les acteurs du médico-social doivent comprendre les mécanismes du problème psychologique du déni. Tous les acteurs doivent prendre conscience de leur rôle. Par exemple une personne qui a eu un accident de la route pour une raison d'alcool au volant, sera très bien réparée sur le plan physique mais elle va sortir de l'hôpital sans avoir eu une consultation et une information spécifique sur l'alcool. C'est incroyable ! quel gâchis ! dans notre société, le déni est collectif, même chez les médecins. retour aux questions Globules : comment cela se fait-il qu'on ne soit pas assez responsable et qu'on puisse prendre le volant alors qu'on a bu de l'alcool ? Dr. Pélerin : en Haute-Normandie, il y a une surmortalité par l'alcool par rapport au chiffre national déjà élevé. Avant, la consommation de vin était midi et soir, l'alcoolisme était progressif. Aujourd'hui, on associe l'alcoolisme au vin, et la jeune génération rejette cette image de leurs aînés. Dans le cadre de ce rejet, ils boivent de la bière et c'est une autre forme d'alcoolisation, plus festive et concentrée sur les week-ends. retour aux questions Globules : est-ce autant dangereux ? Dr. Pélerin : à mon avis, oui. Il y a les autres toxiques. S'il n'y a pas encore beaucoup d'études sur le sujet, on commence à connaître les effets du cannabis : L'hypovigilance est un vrai danger au volant. retour aux questions Globules : existe t-il des dispositifs prévus pour prévenir les accidents à la sortie des boîtes de nuit ? Dr. Pélerin : il faut travailler avec subtilité et pouvoir parler avec les patrons de boîte de nuit. Au cours des soirées, les garçons vont boire pour aborder les filles. Ils cherchent l'ivresse ils sont plus maladroits et plus "grégaires" que les filles. Les filles, elles, ne sont pas folles ce n'est pas cela qui va les attirer. Les garçons sont ensuite rejetés. Pour combattre ça, il faudrait inverser l'image de la séduction retour aux questions - Propos recueillis par Tiphaine Hédouin et Aurélie Vergne -