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Reportage/
numéro 69/
Premix ou mix : le piège !
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Globules :
la consommation des « sodas alcoolisés »
favorise-t-elle laccélération de la dépendance
chez les jeunes ?
Louisa Guérib : oui, on peut devenir « addict »
(= dépendant) avec les sodas alcoolisés. Au Réseau
Caucriauville Santé, on a remarqué que plus on commence
tôt la consommation dalcool,plus on va chercher des alcools
plus forts. Les jeunes sont plus fragiles et se cherchent. Ils boivent
des «premix» ou les bières associées à
de lalcool fort, pour se déchirer, et ce qui est nouveau,
autant les garçons que les filles.
Globules : de plus en plus de jeunes consomment des bières
fortes parce quelles ont un goût sucré, donc facile
à avaler.
Louisa Guérib : comme pour les premix, quand
on boit une boisson sucrée et alcoolisée, on na
pas limpression de boire de lalcool. Après enquête,
les jeunes semblent avoir conscience du taux dalcool sans pour
autant avoir conscience des effets de ce taux.
Globules : la consommation de lalcool par les jeunes est
souvent associée à la fête, mais souvent on y
prend goût surtout avec les nouvelles boissons sucrées.
Louisa Guérib : il y a aussi de nouveaux comportements
chez les jeunes filles. On a fait un test au Réseau Caucriauville
Santé et on voit que les filles consomment de lalcool
fort. On ne voyait pas : il y a quelque temps, les filles boire
autant dalcool fort. Le packaging des nouvelles boissons (bières
avec alcool fort ou premix) compte beaucoup. Cest
joli, ça fait branché, ça fait bien davoir
une jolie bouteille. Même si elles savent quil y a de
lalcool fort, elles ont limpression de boire une bière
ordinaire
.
Globules : quels sont les signes de la dépendance à
lalcool chez les jeunes ?
Louisa Guérib : le besoin de boire. Et boire même
quand ce nest pas associé à la fête. Des
jeunes qui vont boire une bière après lécole,
plutôt quun café ou une menthe à leau,
ou en famille se servir du vin, cela minterpelle.
Globules : la consommation de lalcool provoquetelle
des troubles de la perception ?
Louisa Guérib : oui, on voit des gens désinhibés,
qui se permettent des choses quils ne feraient pas autrement.
Globules : quels sont les risques sur les comportements des jeunes ?
Louisa Guérib : ce sont des comportements pour soi ou
par rapport aux autres personnes. Le risque pour soi, cest
la dépendance, pour les autres cest les mettre en danger.
Certains ont lalcool «gentil», dautres ont
lalcool «mauvais» et deviennent violent. Lalcool
a aussi un effet dentraînement un effet sur le groupe..
On a fait un travail dans les lycées avec Alinea (association
de prévention), et on a questionné des jeunes filles
qui consomment de lalcool. Elles se rendent vraiment malades
physiquement. On se demande alors pourquoi elles boivent de lalcool
fort. Elles disent aimer le goût de ces alcools quand
il est associé à un goût de fruit ou de sucre
Ces filles qui consomment ces alcools forts se mettent dans un état
où elles ne sont plus maîtresses delles-mêmes, elles
disent quelles « ne savent plus où elles habitent ».
Cest très inquiétant
Le goût sucré
de lenfance prépare à une autre boisson que leau.et
à la recherche dun autre goût que leau pour
se désaltérer. Aujourdhui, on propose même
aux sportifs, des boissons pleines de sucre et de colorants.
Globules : Peut-on devenir alcoolique en étant encore
adolescent ?
Louisa Guérib : oui
bien sûr.
Globules : pourquoi ces « sodas alcoolisés »
sont-ils vendus librement alors quon sait quils sont dangereux
pour la santé des jeunes ?
Louisa Guérib : je ne sais pas pourquoi on laisse faire,
je trouve cela scandaleux, en tant que membre du Réseau Caucriauville
Santé mais aussi personnellement. Dun côté,
on fait de la prévention et de lautre on va à
lencontre en proposant aux plus jeunes ces boissons
Cest
beau, mignon, et ça a bon goût, on a limpression
que ça ne fait pas de mal, alors quon fait des campagnes
contre lalcoolisme et quon crée de nouvelles lois,
cest une façon de sattaquer et daccrocher
une population jeune qui ne sest pas encore trouvée,
alors quon sait bien que cest un âge où on
aime prendre des risques. Cest aberrant davoir inventé
cela.
Globules : faut-il interdire la consommation de lalcool
pour les jeunes ?
Louisa Guérib : Cela dépend de lâge.
Cest interdit dans les bars avant lâge de 18 ans.
Interdire peut aider à prendre conscience. Si on interdit,
on se pose la question. Mais cela nempêche pas tout, il
y a lalcool en famille.
Globules : que doivent faire les parents quand ils se rendent
compte que leurs enfants consomment de lalcool ?
Louisa Guérib : que font les parents quand leur enfant
se fait mal ? Il faut savoir, avant toute chose, discuter de
tous les problèmes de la vie. Lenfant évitera
de salcooliser dans le but de résoudre ses problèmes.
Cette question a été posée par des adolescents, lors
de lenquête parce que beaucoup souffre dun manque
de communication avec leurs parents. Les parents ont peur dagresser
ou de gêner leur enfant. On est dans une société
qui dit oui, dans tous les milieux, dans les quartiers ou en centre
ville. On nose pas dire non et on ne va pas discuter.
Globules : estce que les jeunes issus de parents alcooliques
sont-ils plus vulnérables que les autres jeunes ?
Louisa Guérib : en général les enfants sont
très sensibles à ce problème, parce quils
ont souffert. La plupart feront attention dautres non, cela
dépend comment lalcool a été vécu.
Globules : que faire pour se soigner ?
Louisa Guérib : il faut en parler. Quand on est jeune,
cest extrêmement dur de savouer quon a des
problèmes avec lalcool. Lors des les tables rondes que
le Réseau Santé propose, on pose ces questions. Il faut
communiquer avec un parent, des copains, des amis, des associations
et accepter de se faire aider. Il y a aussi le médecin traitant,
linfirmière scolaire. Cest aussi à chacun
de nous de trouver à qui parler. On se construit grâce
à lentourage et il y a des gens de confiance.Propos recueillis
par Aïssata Thioubout et Oumou Sall - association Sagacité,
Le Havre -
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